A partir du cas de rébellion du M23 à l’Est de la RDC, ce blog aborde les défis liés aux présentations de soi d’un chercheur dans un terrain sensible. Il interroge les cadres qui perçoivent, dans un tel contexte, la multiplicité des présentations du chercheur comme une stratégie de survie et qui insistent sur la nécessité de se présenter clairement sans ambiguïté. Il révèle les limites de ces présentations quant aux droits d’accès aux données et à la légitimité du chercheur à mobiliser les autres dans la collecte des données.
The Bukavu Series 2.0
La Série Bukavu 2.0 – La guerre et la plume explore la production du savoir au cœur de la guerre en République démocratique du Congo. Là où la première série (publié en 2019-2020) appelait à la décolonisation de la recherche, celle-ci en éprouve la possibilité au cœur du danger. Quatre dynamiques structurent notre initiative : (1) la protection de la vie comme condition du savoir, (2) une éthique de la présence fondée sur la responsabilité, (3) la gouvernance de la recherche de terrain au sein de plusieurs centres fragmentés de pouvoir, et (4) la décolonisation par la justice cognitive et la reconnaissance des savoirs situés. Ces réflexions font de la recherche un acte de soin et de résistance, où écrire, vivre et se protéger s’entremêlent. Dans les ruines, la plume devient un geste osé, courageux et vital : un instrument de lucidité et de solidarité. Sans ignorer les violences subies et le partage inégal des vulnérabilités entre chercheurs du nord et du sud, il permet de réhabiliter la pensée collective, de reconstruire le sens et de faire de la science une pratique partagée, protectrice et courageuse.
La Série Bukavu 2.0 est une collaboration entre le Groupe d’Etudes sur les Conflits et la Sécurité Humaine (GEC-SH), Juwa Research Group, le Conflict Research Group, the InstitutSupérieur de Développement Rural, CLEAR, REFRACT et CPAID.
Quand l’écriture survit sous la tension
En contexte de guerre, comme à l’Est de la RDC, la posture du chercheur local prend une autre dimension. Entre passion, engagement et devoir scientifique, celui-ci se retrouve à naviguer dans un environnement marqué par l’instabilité, la suspicion et la peur. Etre « chercheur » constitue une charge lourde à porter, la parole devient un danger auquel il ne faut ni s’exposer ni exposer.
Espion, complice ou chercheur ?
Les travaux sur l’obtention d’un consentement libre et informé alimentent de plus en plus les débats au sein de l’Ethique de la recherche. En se focalisant sur la bienveillance et la sécurité des interlocuteurs, ils sous-estiment souvent la manière dont les modalités et les conditions de l’obtention du consentement participent à l’insécurité du chercheur. Ce blog part d’une expérience vécue, pour réfléchir sur l’antinomie entre l’éthique procédurale et l’éthique de terrain.
Résilience en cause : une relecture des performances adaptatives des chercheurs en zones mortifères
Ce commentaire interroge la notion de résilience appliquée aux chercheurs travaillant en zones de guerre. Loin d’être une vertu neutre d’adaptation, la résilience agit comme un dispositif de pouvoir qui hiérarchise les vies : certains chercheurs sont appelés à s’exposer et à continuer malgré la mort, tandis que d’autres sont protégés. En valorisant la performance au détriment du soin, elle naturalise la précarité, invisibilise la souffrance et dépolitise la violence. Le commentaire plaide donc pour repenser la résilience non comme exigence morale, mais comme symptôme d’un système académique mortifère qu’il faut transformer en éthique du soin et de solidarité.
Quand l’oreille des autres a aussi besoin d’être écoutée
Dans cette contribution, l’auteur raconte ce que signifie être l’oreille des autres en temps de crise. À travers l’expérience vécue à Bukavu et au sein d’Angaza Institute en 2025, il évoque la recherche non pas seulement comme production de savoirs, mais comme un espace d’écoute, de soutien et de solidarité. Les confidences reçues révèlent les fragilités partagées et la force des liens qui maintiennent debout les individus. Écouter devient une manière de résister, mais rappelle aussi une vérité simple : même l’oreille des autres a besoin d’être entendue.
Deadline ou sécurité ? Penser le dilemme du chercheur en contexte instable
Ce blog raconte l’expérience d’un chercheur contraint de rédiger un mémoire et un projet de thèse au cœur du conflit armé dans l’est de la RDC. Ce témoignage met en lumière les logiques académiques dominantes à l’aune des contextes extrêmes, souvent invisibilisés dans les parcours scientifiques. Il décrit une résilience académique qui transforme l’écriture en acte de survie intellectuelle, et appelle à reconnaître ces contextes dans les normes universitaires, en plaidant en faveur d’une éthique de la recherche ancrée dans le contexte, qui valorise les savoirs
Faire de la recherche chez soi : ressource ou épreuve ? Regards sur la vulnérabilité émotionnelle et morale
Le texte décrit le retour de l’autrice à Bunia en 2025, où elle enquête sur les savoirs locaux de résistance dans un contexte de violence persistante, marqué par la présence de milices comme la CODECO et un climat de peur et de couvre-feu. Grâce à ses liens familiaux et à sa position d’« insider » vivant à l’étranger, elle obtient un accès privilégié à des interlocuteurs clés, mais au prix d’une forte vulnérabilité émotionnelle et morale, liée à la confiance qui lui est accordée et à la responsabilité de ne pas mettre en danger ses proches ou ses enquêtés.
Maternité et guerre : quand la veille devient posture épistémique
Ce blog défend l’idée que la maternité en contexte de guerre peut devenir une posture épistémique. À partir d’une expérience vécue — celle d’une veille quotidienne dans une voiture garée près d’une école —, il montre que la pensée féministe ne se suspend pas dans la peur : elle s’y densifie. En tension avec une littérature qui invisibilise la production intellectuelle des femmes en conflit, il affirme que les mères sont aussi des théoriciennes du quotidien. Il propose ainsi une épistémologie située, affective et décoloniale, née dans la poussière.
‘That is no country for young men’ : Enquêter auprès des personnes des mouvements citoyens marquées par la guerre
Ce blog examine les dilemmes éthiques d’une chercheuse congolaise enquêtant en contexte de guerre prolongée à l’est de la RDC, depuis une posture féministe située. À travers une égo-histoire, il met en lumière le malaise de la « schizophrénie ethnographique » lié à la distance géographique, au privilège de la fuite et à la légitimité de produire du savoir sur des vies exposées à la violence.
Schizophrénie ethnographique d’une chercheuse du Sud ? : produire du savoir aux frontières des contextes sensibles de guerre
Ce blog examine les dilemmes éthiques d’une chercheuse congolaise enquêtant en contexte de guerre prolongée à l’est de la RDC, depuis une posture féministe située. À travers une égo-histoire, il met en lumière le malaise de la « schizophrénie ethnographique » lié à la distance géographique, au privilège de la fuite et à la légitimité de produire du savoir sur des vies exposées à la violence.