Quand la guerre impose le silence : chercheur, muet involontaire sous l’AFC/M23 à Bukavu

Notre métier de chercheur nous appelle à documenter et à communiquer sur les faits sociaux entre autres. Dans des moments particuliers comme la guerre, il se fait que cette communication soit encore plus attendue par la communauté scientifique, politique d’une part, et par la population d’autre part. Cependant, l’expérience de la guerre de l’AFC/M23 nous amène à comprendre que la parole ne se déploie pas n’importe quand. Ce blog montre que la nécessité de communiquer ne devrait pas supplanter celle de prévenir les dangers pour soi et pour les siens. A une époque où les écrits sont parfois sortis de leur contexte et que les analyses confèrent une appartenance, le silence devient une posture de survie.

Rester ou partir ? Le dilemme de la pluri-positionnalité

Ce blog retrace le chemin douloureux d’un chercheur, mari et père, confronté au dilemme de rester ou de partir quand la guerre a frappé la ville de Bukavu. La pluri-positionnalité, qui me donnait force et visibilité, s’est transformée en fragilité face à la peur, aux menaces et à la responsabilité de protéger les miens. L’exil a été une fuite nécessaire, mais jamais une rupture avec mon pays. Cette traversée m’a appris que, même dans l’incertitude, il est possible de trouver un équilibre entre dignité, résilience et engagement.

Nous vous aiderons à comprendre votre guerre : cadres occidentaux versus réalités locales

Les chercheurs congolais sont fréquemment relégués à des tâches de « travail de terrain » dans le processus de production des savoirs — collecte de données et gestion logistique — en raison, notamment, d’une présumée infériorité épistémique. À l’inverse, leurs homologues occidentaux sont généralement positionnés comme les architectes des dispositifs de recherche, supposément dotés de compétences conceptuelles supérieures et d’une capacité accrue à analyser des réalités complexes.

Écrire, c’est résister. Penser, même dans la détresse, c’est rester humain.

En février 2025, j’ai fui Kamanyola avec ma famille pour trouver refuge au Burundi. Dormir à la belle étoile, survivre sans repères ni certitudes, m’a appris une leçon essentielle : le chercheur n’est pas à l’abri des épreuves. Dans l’exil, la recherche n’est plus académique, elle devient un acte de résistance. Écrire, c’est refuser le silence ; penser, c’est rester humain. Ce blog n’est pas un récit héroïque, mais le témoignage d’un chercheur transformé, témoin et acteur de la souffrance collective.

Protéger la vie du chercheur en temps de guerre : Quand la sécurité humaine suspend la recherche

On présente souvent la vulnérabilité du chercheur en contexte de guerre comme un « risque à gérer ». Mon expérience à Goma, lors de l’avancée de l’AFC/M23, contredit cette idée : il ne s’agissait plus d’ajuster mes méthodes, mais d’interrompre la recherche pour sauver ma vie et celle de ma famille. Entre l’exigence de produire des données et l’impératif de survivre, la vie du chercheur devient la première donnée à préserver. À certains moments, la recherche n’a plus d’importance.

Écrire pour tenir : chronique d’un retour impossible en temps de guerre

Dans la coopération universitaire, les bourses sandwich sont conçues pour favoriser l’équilibre des échanges Nord-Sud. Elles exposent pourtant les chercheurs du Sud à une précarité structurelle, entre mobilité contrainte, sur-dépendance institutionnelle et invisibilité symbolique. En contexte de guerre, cette situation s’aggrave et révèle une véritable géographie sécuritaire de la production du savoir.

La décolonisation de la recherche prise en sandwich: vulnérabilité structurelle et géographie sécuritaire en contexte de guerre

Dans la coopération universitaire, les bourses sandwich sont conçues pour favoriser l’équilibre des échanges Nord-Sud. Elles exposent pourtant les chercheurs du Sud à une précarité structurelle, entre mobilité contrainte, sur-dépendance institutionnelle et invisibilité symbolique. En contexte de guerre, cette situation s’aggrave et révèle une véritable géographie sécuritaire de la production du savoir.

Être chercheur du Sud dans un partenariat universitaire Nord-Sud : entre défis éthiques et invisibilisation du statut familial

Ce blog analyse les contradictions entre l’égalité de droits proclamée et les réalités vécues par les chercheur·es du Sud dans les universités européennes. Bien qu’ils aient accès aux financements, ils restent défavorisés face à leurs collègues européens, notamment en période de crise. Les bourses précaires, la séparation familiale et la non-prise en compte de leur statut marital provoquent une profonde détresse.